CREATION 2017

 

LE NEZ AU VENT au Festival OFF d'AVIGNON 2018 !

 
Aidez la Compagnie Vortex à financer les représentations du spectacle
à La Scierie - La Réserve, du 13 au 16 juillet 2018.
15 Boulevard Saint Lazare - 84000 AVIGNON
 
L'Odyssée olfactive d'une petite fille qui nous entraîne sur les terres de son enfance,
riches des souvenirs d'un grand-père dont elle sculpte l'image comme un flacon de cristal.

Et sur le site du Off il y a des macarons Festival Off de différentes couleurs, si tu y arrives tu pourras peut-être en mettre un en haut de la page ?

Le Nez au Vent

Spectacle Tous Publics, à partir de 10 ans
Conception et interprétation :  Caroline SIRE
Mise en espace et mouvement : Yves MARC
Conseiller scientifique : Hirac GURDEN

Création le 1er décembre au Prisme d'Elancourt (78)

 

Co-production : Communauté d'Agglomérations du Pays de Grasse et Musée International de la Parfumerie.

Ecriture et Univers sonore - Caroline Sire

TISSAGE MULTIPLE

Il ne s’agit pas d’une seule histoire mais plutôt d’une invitation à partir en immersion sensible au coeur du monde des senteurs, des odeurs, des parfums. J’ai conçu un voyage qui remonte aux sources de l‘enfance à travers des textes très divers, tels que récits de vie, mythe de création ré-adapté au thème du parfum, souvenirs personnels, citations poétiques, faits
divers, anecdotes scientifiques, ...
Mon seul emprunt fut celui d’un extrait d’une nouvelle d’Italo Calvino Le Nom, Le Nez qui évoque un combat brutal entre deux hommes préhistoriques pour obtenir la domination sur une femelle.
Au sein du monde des odeurs, les extrêmes se touchent : entre raffinement, sensualité, animalité et sauvagerie, la palette de nos mémoires ancestrales est large !

Serait-ce la raison pour laquelle l’odorat – l’un des sens, l’indécence - nous inspire tant de méfiance ?

 

 

DIALOGUE IMAGINAIRE

 

Tout au long du spectacle se tisse un dialogue imaginaire avec ce grand-père jamais connu - né en 1874, mort en 1934 : 90 années nous séparent ! - à la personnalité si marquante, à la créativité débordante.
Un homme qui concevait le parfum comme une signature de l’âme, qui avait la passion de la qualité et de l’excellence.
Mais aussi la passion de créer du beau, du sublime, du rêve.
C’est certainement pour cette raison que j’ai choisi de raconter sa vie, non pas comme une biographie classique mais plutôt de façon métaphorique.

Je me suis donc inspirée du conte Blondine, Bonne Biche et Beau Minon de la Comtesse de Ségur – mon conte préféré lorsque j’étais enfant. Ce fut d’ailleurs une expérience troublante de découvrir les incroyables  coïncidences entre la trame du conte et le parcours de vie de mon grand-père. Par ailleurs, mon désir profond était aussi de rendre hommage à tous les compositeurs de parfum : je suis et reste fascinée par cette frontière ténue entre visible et invisible, par le mystère qui entoure chaque création parfumée.
S’il est vrai qu’un parfum sans une histoire derrière est un parfum mort, combien alors le conteur et le parfumeur ont de choses à se raconter !

 

MUSIQUE ET CHANT

 

Comme dans mes précédentes créations, le chant et la musique sont présents, entre autre à travers une bande son.
J’avais envie de tisser un univers sonore où sons et voix se mêleraient :

d’un côté voix soufflée, murmurée, mélodique, slamée.
De l’autre, sons de pluie, de cloches dans le lointain, grondements et froissements se conjuguent en une écriture tour à tour intime et passionnée... à l’image des émotions que je ressens au contact des odeurs et des parfums.
Toute une partition au sein de laquelle l’élément air est mis à l’honneur, vecteur essentiel de diffusion du parfum.
Une partition “en relief” grâce à la constante interaction entre ma voix sur scène et ma voix/mon souffle enregistrés, donnant à ressentir les multiples dimensions qui nous habitent : une sorte de feuilleté sensoriel à l’image de nos perceptions.

Textes corporels, scénographie, Costumes

Yves Marc

Le choix de Caroline Sire fut de me confier l’ensemble de l’image scénique : mise en scène et jeux corporels, scénographie et lumière.Elle m’a proposé ainsi de créer le texte visuel, de trouver la bonne distance avec son texte parlé, son texte sonore (bande son) et ses parfums imaginés.
Le texte du spectacle est polyphonique : plusieurs voix, plusieurs voies s’entrelacent et dialoguent. Le chant et le mouvement se tissent harmonieusement autour de ces différentes senteurs de parole.

DES PARTIS PRIS DE MISE EN SCENE

Les enjeux étaient multiples :
- Faire vivre un espace léger, à l’image des volutes aériennes d’un parfum.
- Garder un certain niveau d’abstraction tout en polarisant certains espaces privilégiés pour une meilleure compréhension par le public des strates du récit.
- Permettre le tuilage des différents niveaux d’énonciation : faire vibrer la parole, la voix et les valoriser à travers un dialogue
réciproque, avec des jeux gestuels et de mouvement.

LE TEXTE CORPOREL

La collaboration que nous menons Caroline et moi depuis de nombreuses années nous a permis d’envisager une présence corporelle scénique de même qualité et de même niveau que le texte littéraire donné par la voix.
Étant donné que différents récits s’entrecroisent dans le texte du spectacle, il était important d’envisager des textes corporels de différente nature : par exemple, porter une attention simple à l’objet simple (la photo du grand-père, le petit camion de l’enfance, les fils de laine qui évoquent le tissage complexe des liens familiaux), les jeux corporels d’incarnation ou encore les chorégraphies de contacts où le toucher devient métaphore de l’odorat.
Enfin et surtout, une organisation dynamique et rythmique du dialogue entre les gestes et le texte parlé afin que d’une part le mouvement fasse mieux entendre le mot et à l’inverse, que le mot fasse mieux apprécier le mouvement.

 

LA SCENOGRAPHIE - UNE MANSARDE DE LA MEMOIRE

 

Un espace abstrait, polarisé : de fins rideaux de lin blanc descendent des cintres et rythment l’espace.
Des lieux dramatiquement repérables : la petite chaise de l’enfance, le trône du conte merveilleux, l’escabeau qui permet de prendre de l’altitude et de gagner en volume dans les jeux chorégraphiques et théâtraux.
Tout est blanc : le blanc de l’amnésie, le blanc de l’invisible d’où l’on va faire apparaître les fragments de la mémoire.
Au fur et à mesure, le dévoilement des objets fait écho à l’intime quête que l’auteur a entreprise en partant à la rencontre de ce grand-père tout à la fois méconnu et trop connu.

 

 

LES JEUX DE LUMIERE

 

Ils proposeront à certains moments une sorte de bain finement bleuté, à d’autres ils envahiront le plateau d’une ambiance bleu-nuit où trancheront les raies ambrées d’éclairages latéraux.
L’espace sera densifié par des points lumineux extrêmement serrés (découpes) sur le visage de l’actrice ou sur un flacon de parfum.
L’alternance des points concentrés et de l’ambiance un peu « aquarium » fait respirer, de manière parfois imprévue, l’espace fictionnel de la mémoire.

 

 

LES CHOIX DU COSTUME

Un costume blanc contemporain : pantalon blanc, chemisier de lin blanc.
Sa neutralité permet, de laisser vivre les images évoquées par le texte ou le mouvement.
Le choix du blanc du costume permettra également des jeux d’apparition et de disparition derrière les rideaux de lin, pouvant lointainement rappeler la subtilité des parfums.

Vidéos

ACTIONS CULTURELLES EN LIEN AVEC LE SPECTACLE

Propositions d’actions à mener seule ou en partenariat avec les artistes de l’équipe ayant participé au projet :

- Parcours sensoriels - corporels, musicaux et olfactifs (en partenariat avec l’Osmothèque de Versailles) reliés à une création d’histoire. Découverte d’un orgue à parfum, parallèle avec le marimba, instrument percussif, combinaisons créatives entre son, mots et parfums. Intégration d’un travail d’éveil corporel, travail postural, les yeux fermés puis dans l’espace et le mouvement.

- Collectages de souvenirs liés aux odeurs, aux parfums : recueil des histoires, créations d’images ou de photos, création d’un livre, création d’une “petite chronique des senteurs” sur une radio locale ou non. Possibilité de créer un lieu repéré dans la ville (type kiosque à histoires et à parfum, caravane, ...) où l’on peut venir “se mettre au parfum”.

- Recherche de vocabulaire spécifique au sens de l’odorat, à la sensualité. Recherche d’expressions liées à l’odorat.

 

- Étant parfaitement bilingue, possibilité de mener l’une ou l’autre de ces actions en anglais, et plus largement en partenariat avec des professeurs de langue. Apprentissage du vocabulaire propre à l’odorat dans différentes langues étrangères.

- Organisations de conférences faisant intervenir des “techniciens d’odeurs” et des créateurs de parfums connus.

- Découverte et initiation à la détection, la nomination et à l’analyse des odeurs. Exercices de détection et de reconnaissance.

- Intervention d’un spécialiste, Directeur de Recherches en Neurosciences au CNRS, et dirigeant l’équipe “Métabolisme, Imagerie et Olfaction”. Découverte anatomique et scientifique du sens de l’odorat. Arménien d’origine, il est aussi conteur et pourra témoigner de sa façon particulière d’évoquer une histoire principalement à travers son “atmosphère olfactive”.

- Travailler en classe à partir d’oeuvres littéraires fortement imprégnées par la présence des odeurs et des parfums : Italo Calvino, Patrick Süskind, Valentine Goby, Muriel Barbery, Charles Baudelaire, etc...

- Découverte de la vie et de l’oeuvre du parfumeur François Coty : livres, films, reportages. Possibilité de visiter l’Osmothèque et de découvrir les parfums qu’il a créés mais qui ne sont plus commercialisés aujourd’hui.

Dans le cadre de la création du spectacle en juillet prochain au Festival Le Temps des Contes à Grasse, Caroline SIRE a été sollicitée par l'Association Patrimoine Vivant du Pays de Grasse afin de rédiger un courrier adressé à l'UNESCO pour défendre la candidature de la Ville de Grasse et l'inscription de ses savoirs-faire en parfumerie au patrimoine immatériel de l'humanité.

Madame, Monsieur le Sénateur,

J'ai eu la joie de découvrir Grasse, la ville des fleurs sous le soleil doré, non loin de l'indigo de la mer bleu foncé, à l'occasion de la mise en chantier de mon nouveau spectacle, Le Nez au Vent.
Ce projet est né de mon désir de rendre hommage à mon grand-père maternel, François Spoturno dit COTY, grand créateur et industriel de la parfumerie du début du XXème siècle.

De fil en aiguille, à travers les rencontres, les échanges, le spectacle dont je rêvais a pris forme, les contours de ce rêve se sont précisés. Aujourd'hui, la Communauté d'Agglomération du Pays de Grasse est co-productrice du spectacle en création.
Il verra le jour fin juillet 2017 dans le cadre du festival Le Temps des Contes.

Tout en cheminant sur le sentier des souvenirs, des légendes familiales, mes pas m'ont menée non pas vers une ville mais vers une terre : fertile, magique, comme enchantée...

J'ai été si touchée par les hommes et les femmes qui la cultivent, la travaillent avec amour, la connaissent en profondeur.
Ils sont aux aguets.
Ils hument l'air du petit matin.

Ils écoutent de tout leur être pour percevoir le bruissement de la montée de la sève, et savoir ainsi s'il est temps de tailler un pied de rose centifolia ou de jasmin.
Ils sont courbés pour arracher les mauvaises herbes à la main.
Ils s'inquiètent en observant la diminution des surfaces de terres agricoles au profit d'une urbanisation galopante.

 

C'est là, sur cette terre, que mon grand-père a pris conscience de l'incroyable somme de connaissances nécessaires à la création d'un parfum : la chimie, la reconnaissance et la mémoire des odeurs, l'ingénierie, la botanique, l'agriculture, la géologie, les fleurs d'exception ou la climatologie...

Or, sans cet extraordinaire savoir-faire du pays grassois, et sans celui de la Maison Chiris en particulier au sein de laquelle il fut accueilli et formé, son génie olfactif ne se serait sans doute jamais structuré et son oeuvre n'aurait peut-être jamais vu le jour !

En 1902, il pressent sa vocation grâce à un emploi de préparateur dans une pharmacie parisienne. C'est ainsi qu'il découvre à la fois ses dons... et ses limites !

Confronté à ses premiers échecs, il prend mieux la mesure de la complexité du métier de parfumeur.
Il aurait pu renoncer, mais une chance lui est offerte grâce aux relations de son mentor, un sénateur et écrivain parisien dont mon grand-père est le secrétaire particulier. Tout jeune marié, il quitte donc à regret la Rue Saint Honoré pour Grasse. Mais dès son arrivée dans la ville embaumée de la Vieille Provence, sa passion se réveille : on le voit partout !

Pendant un an, il est à l'aube dans les champs avec les coupeurs de fleurs, puis dans les entrepôts où il observe les premières cueillettes afin de mieux comprendre les différents procédés de maturation ou de conservation.
L'après-midi, il reprend sa place dans les laboratoires où il s'initie à l'art délicat de la composition, il note des formules.

Le soir, il s'attarde parfois dans la bibliothèque de Georges Chiris à la recherche d'ouvrages scientifiques...

Tout ce bouillonnement d'énergie, cette avidité à maîtriser les connaissances nécessaires, cette audace, cette ardeur au travail de recherche et ce don inné dans l'art de la composition olfactive vont le conduire - avec l'aide et le précieux soutien de Georges Chiris en personne - à créer le premier d'une longue série de parfums qui sont entrés depuis dans l'histoire de la parfumerie, et qui ont inspiré à sa suite de nombreux autres créateurs.

C'est pourquoi je vous écris aujourd'hui, pour vous dire à quel point cette démarche auprès de l'Unesco, cette reconnaissance d'un patrimoine aussi précieux "fait sens", elle est essence-ciel à mes yeux, à ceux de ma famille.
Ma mère est aujourd'hui décédée mais je suis certaine qu'elle aurait soutenu cette candidature de tout son coeur, tant son admiration pour son père était grande. `

J'ai eu l'opportunité de présenter un premier extrait du futur spectacle Le Nez au Vent au Palais des Congrès de Grasse, une piéce que j'ai intitulé Le Parfum des Origines : un mythe de création qui évoque la toute première apparition du parfum sur la Terre.

On y découvre le Tout Esprit, planant sereinement dans l'Infini Obscur. Puis l'Imagination se réveille, elle jaillit et vient stimuler Sa créativité. Lorsque tout est créé, les hommes s'ennuient. C'est alors que l'Imagination Lui murmure à l'oreille :

"Invente ! Invente quelque chose d'exceptionnel, de fascinant, de mystérieux... quelque chose d'inattendu !
Alors l'Esprit Créateur plonge dans une rêverie profonde et sublime.
Sa main caresse la création, récoltant l'esprit de la roche et du feu,

l'esprit de l'eau et des animaux, de la terre et de l'air,
l'esprit des étoiles et du vide sidéral.
Une substance se met à couler de ses doigts comme une pluie bienfaisante.
Et voici que les humains lèvent les yeux vers le ciel,
reçoivent cette manne, se dressent tout debout,
se mettent en marche, courent et gravissent les montagnes
pour recueillir sur leur peau
ce don d'en-haut.
Pour la toute première fois, les hommes sentent l'essence de la création,
ils connaissent l'émotion.
Ils se respirent les uns les autres, découvrent leurs odeurs : elles sont toutes différentes. Ils se sentent... libres,

libres de donner un sens à leur vie.

C'est depuis ce temps que les hommes se font alchimistes, inventeurs et poètes pour retrouver le parfum, essence de la création.
Le parfum,
jus primordial de la Terre Céleste."

Oui, je crois sincèrement que l'art des parfums et de la culture des fleurs est un art universel, anthropologique, immémorial. Tout comme l'art de raconter les histoires, que je m'efforce de pratiquer dans le même esprit que mon grand-père : les parfums, comme les histoires, doivent constituer une émanation, une signature de l'âme.

Une atmosphère qui nous relie à notre propre intimité, aux autres, au Vivant.

Ce n'est donc pas seulement la Ville de Grasse - son savoir-faire "régional" et ses circonstances géographiques, géologiques et climatologiques exceptionnelles - que vous préserverez de l'oubli, de la dégradation ou pire, de la disparition.

C'est un trésor qui appartient à l'histoire de notre humanité, à chacun, à tous.

Caroline SIRE